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Le Collectif Solidarité Migrants Alès ou l’énergie conjuguée au service du frère immigré
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De gauche à droite : Lamine, jeune Ivoirien demandeur d’asile accueilli dans le cadre du réseau ‘‘Welcome JRS’’, Sophie de Chastellier et Pierre Pradel (paroissienne et diacre permanent), Jean Rostan, membre de Réseau éducation sans-frontière.

La récente adoption de la loi asile et immigration est l’occasion de se pencher sur l’action du « Collectif Solidarité Migrants Alès ». Celui-ci a été créé en novembre 2015, à la suite de l’appel retentissant du pape François, deux mois plus tôt, aux communautés catholiques d’Europe, afin que chacune accueille une famille de réfugiés…

Ainsi, la première réunion fut-elle à l’initiative des prêtres, des pasteurs de la ville et du moine orthodoxe.   « Nous avons immédiatement compris qu’il fallait mettre en synergie les charismes et les savoir-faire des uns des autres, y compris ceux des différentes association », explique Sophie de Chastellier.

Délibérément « ouvert et laïque », le collectif est constitué de quatorze associations différentes de par leur nature et leurs domaines d’intervention, mais ayant en commun le même objectif d’humanité : défendre les droits et la dignité des personnes. Parmi elles on retrouve le Secours Catholique, Amnesty international, l’ACAT, le Réseau d’Education Sans Frontières, la Cimade, la Défense internationale de l’enfant... « Mais il y a aussi des particuliers qui sont là soit au titre des cultes soit à titre personnel ».

Outre la décision de conjuguer l’expertises des uns et des autre, est venue dans le même temps celle de travailler à l’accueil de tous les migrants, quels que soient leurs origines et leur statuts.  « Au début, nous avions envisagé de nous limiter uniquement à l’accueil des réfugiés, tels ceux qui arrivaient de Syrie, mais les associations partenaires avec qui nous souhaitions travailler se sont positionnées très fermement en faveur de l’accueil de tous les migrants, sans oublier ceux qui étaient déjà là et les déboutés du droit d’asile. Cela représente une partie importante de ce que nous faisons ensemble. Lorsqu’ils ont terminé leur temps en centre d’accueil pour les demandeurs d’asile, que des familles entières se retrouvent à la rue, sans toit, nous lançons des appels pour qu’elles puissent être hébergées et accompagnées ».

Comment fonctionne le collectif ? Chaque association a sa spécificité et reste pleinement maître de son action. RESF s’occupe des familles déboutées qui ont des enfants scolarisés, Amnesty International et la Ligue des Droits de l’Homme s’intéressent aux questions des droits, etc. Le collectif n’intervient que pour prendre en charge ce qui n’a pas pu être résolu au niveau associatif. Depuis plusieurs semaines, par exemple, le « Collectif Solidarité Migrants Alès » s’est saisi de la question de tarif réduit dans les transports en commun pour les migrants qui lorsqu’ils sont logés dans la périphérie d’Alès ont parfois une heure de trajet pour venir en centre-ville suivre des cours, se soigner…  « Nous sommes en train de monter des dossiers auprès de l’agglomération d’Alès. Le fait d’agir ensemble, donne davantage de poids à cette démarche. »

La population, les communautés chrétiennes sont-elles davantage sensibilisées aujourd’hui à l’accueil des migrants ? « Oui, à condition de se rencontrer et de se parler.  Là ça change tout :  on est plus renvoyé à des termes administratifs et impersonnels, mais on se trouve face à face avec quelqu’un ! »

Ainsi, en est-il de l’expérience des cantines solidaires avec les jeunes, ainsi en est-il de celle du réseau Welcome JRS (Service Jésuite des Réfugiés) créé à Alès il y a un an. « Ce sont des familles qui accueillent des demandeurs d’asile pendant un mois. Au bout de ce temps, il y a un changement de famille et ce pendant huit mois consécutifs. Au bout de huit mois, le demandeur d’asile obtient une place en centre d’accueil des demandeurs d’asile. C’est une expérience assez extraordinaire ! Les familles le disent : lorsque l’on a partagé pendant un mois les repas et la vie quotidien d’un jeune demandeur d’asile, ce sont des moments d’hospitalité qui changent les regards et les comportements. »

Propos recueillis par Betty Delichère
 

"J’ai découvert la réalité de ce que  pouvait être un réfugié, un demandeur d’asile, un relocalisé et toutes ces situations diverses qu’on connait aujourd’hui en France. J’ai aussi découvert les difficultés quand on demandait ses papiers, le temps d’attente, les difficultés financières, le fait que pendant un certain temps les gens se retrouvaient à la rue, un peu plus concrètement qu’en feuilletant un journal. C’est de voir que sur notre bassin alésien, ça existe. Toucher du doigt et connaitre les personnes…à Bagard quand on a prévu d’accueillir une famille au sein du village, des voisins ont pensé qu’ils feraient la manche dans la rue ! Je leur ai demandé « Demain, si on louait cette maison à des gens ordinaires, vous vous poseriez cette question ? ». Ce sont des gens qui ont une profession, qui travaillent, qui ont envie de travailler. Aujourd’hui, au niveau de la ville de Bagard, il n’y a aucun souci, tout se passe très bien. Les gosses jouent au foot et vont à l’école. C’est peut-être grâce à ça qu’une classe a été maintenue. Puis les familles se connaissent, les mamans se rencontrent. Ce sont entre autre des Albanais et il faut savoir la situation terrible des albanais aujourd’hui.
Certains voudraient faire passer sous silence, l’origine chrétienne de l’impulsion. Il n’y a pas à la passer sous silence, on est pas là pour déployer un étendard et on n’est pas là pour mettre notre identité sous le boisseau. Plus on avance, plus, on se rend compte de l’ampleur des problèmes. Il ne faut pas se leurrer. Le problème des migrants et des réfugiés, ce n’est pas qu’il y en a trop mais c’est que les moyens ne sont pas donnés pour que les choses se passent correctement. Si on rapporte cela au pourcentage de la population, on devrait pouvoir régler tous les problèmes. En tant que diacre, je me dit que c’est là qu’on doit être, qu’on doit avancer et essayer de faire rejaillir tout ça dans les communautés paroissiales."

Pierre Pradel, diacre permanent
 

"Les familles qui ont des enfants scolarisés c’est le public que RESF s’efforce d’aider, mais également les jeunes majeurs. L’aide de RESF est surtout une aide juridique. Tant qu’ils sont demandeurs d’asile, ils sont pris en charge par des associations missionnées par l’Etat (centres d’accueil des demandeurs d’asile). A un moment donné, si la demande d’asile n’est pas acceptée, ces personnes sont déboutées et nombreuses familles ont des raisons importantes de ne plus repartir vers leur pays d’origine. Ce sont des associations comme la Cimade ou le réseau RESF qui prennent le relais. Comment on va faire appel ? A quel avocat on va s’adresser ? Tout de suite, se posent des questions à ces familles « Comment va-t-on manger ? On n’a plus d’allocation ».  On les oriente vers les associations humanitaires comme le Secours Populaire, le Secours catholique, les Restos du Cœur mais aussi vers des courts de français pour s’intégrer, mais également vers des endroits où ils peuvent être bénévole parce que c’est important de ne pas rester sans rien faire.
Depuis 2009 à Alès, existent les Cercles du Silence. Je suivais comme simple participant à cette démarche. C’est une forme de protestation et de soutien aux personnes sans-papiers pour qu’elles soient traitées de façon humaine. En 2013, j’ai été mis au courant d’une famille roumaine rom qui risquait d’être expulsée de son logement alors qu’on était en mars et qu’il faisait très froid. J’ai fait partie de ceux qui ont soutenu cette famille que j’ai accompagnée pendant quelques temps. La situation pour cette famille a été réglée le jour où les Roumains ont été déclarés citoyens européens. En 2014, je me suis investi un peu plus dans le réseau en répondant présent quand on avait besoin de moi."

Jean Rostan, RESF
 

A (re)lire > le livret ''Toi l'étranger, toi mon frère''